Court métrage · comédie dramatique fantastique · en développement

Cachou

Adrien, 34 ans, voit sa vie affective sabotée par Cachou, une créature imaginaire qui vit sous son lit et le protège de tout ce qui pourrait le blesser. Mais à force de le préserver, Cachou l'empêche d'aimer et d'avancer.

Écriture et réalisation : Louise Charnallet

Note d'intention

Je me suis toujours cachée derrière l'humour. Pour me sortir de situations humiliantes, pour détendre l'atmosphère quand la pression montait, ou simplement pour tenir face à ce qui me dépassait. L'humour a été une magnifique protection. Mais parfois, il protège tellement bien qu'il nous empêche d'avancer.

Aujourd'hui, à l'aube de la trentaine, je ressens très clairement ce moment de bascule : celui où l'on comprend que ce qui nous a aidés à survivre un temps peut devenir, sans qu'on s'en rende compte, un frein à l'intimité, à l'amour, au mouvement. Cachou est né de cet endroit-là.

Le film raconte l'histoire d'un homme dont la vie affective est doucement sabotée par une créature qui vit sous son lit. Une présence un peu absurde, un peu envahissante, qui préfère faire des blagues relou plutôt que le laisser s'approcher de ce qu'il évite depuis des années. À travers ce dispositif fantastique simple, je cherche à rendre visibles des mécanismes intérieurs très concrets : la peur de souffrir à nouveau, les stratégies d'évitement que l'on met en place sans s'en rendre compte, et la difficulté d'abandonner ce qui nous a autrefois protégés.

Le dessous du lit est pour moi un espace essentiel. C'est là où on se cache enfant. C'est là où on invente des mondes. Et c'est souvent là qu'on laisse ce qu'on n'a jamais vraiment digéré. Le problème, c'est que sous le lit, il fait noir. Et dans le noir, ce qu'on ne voit pas prend toute la place. En faisant descendre Adrien sous son lit, je voulais une plongée douce dans la mémoire. Pas une confrontation violente. Pas un trauma crié. Plutôt un souvenir qui revient comme une odeur, ou comme une chanson qu'on n'avait pas réécoutée depuis vingt ans et qui nous prend par surprise. Si Cachou est un court métrage, c'est parce que cette bascule tient dans un instant. Un moment précis : celui où l'on comprend que ce qui nous a permis de survivre commence à nous freiner.

J'ai choisi le fantastique et l'humour parce que je ne sais pas parler du deuil autrement. Parce que le deuil n'est pas fait uniquement de larmes et de silences lourds. Il est aussi rempli de moments absurdes, de réflexes infantiles, de souvenirs qui surgissent n'importe quand, souvent au pire moment possible, parfois au lit avec quelqu'un qu'on aime.

La chambre d'Adrien adulte sera à l'image de sa vie : ordonnée, maîtrisée, presque figée. Tout y est à sa place. Rien ne dépasse. Rien ne déborde. La lumière, légèrement bleutée, éclairera sans réchauffer. L'espace devra donner une sensation d'impersonnel, comme une chambre témoin dans laquelle on vit sans vraiment l'habiter. Les matières seront neutres, les couleurs dénaturées, les lignes nettes. À l'inverse, l'espace sous le lit ouvrira sur un monde plus chaud, plus enveloppant. Une chambre d'enfant figée dans le temps, traversée de lumière douce, de couleurs plus chaleureuses, presque réconfortantes. Mais cette chaleur ne sera jamais totalement rassurante : elle portera aussi une forme de nostalgie, et une légère inquiétude. Comme lorsqu'on retourne dans un lieu qu'on a aimé et qui n'existe plus vraiment.

Le son y jouera un rôle essentiel. Des bruits d'enfants qui jouent au loin, des rires, des objets manipulés, des fragments de souvenirs sonores qui apparaissent puis disparaissent. Des présences auditives plus que visibles. Comme si la mémoire s'exprimait d'abord par le son avant l'image.

Le fantastique restera discret, intégré au réel. Cachou ne sera jamais traité comme un effet spectaculaire : il fait partie du quotidien d'Adrien. La caméra restera proche des corps, attentive aux regards, aux respirations, aux micro-décalages. L'objectif n'est pas de montrer un monde magique, mais de rendre visible ce qui, habituellement, reste intérieur. La lumière et le son seront les principaux vecteurs d'émotion : la froideur du présent face à la chaleur fragile du passé, le silence adulte face au bourdonnement vivant de l'enfance. Entre les deux, Adrien devra trouver un passage.

Les inspirations du film se situent dans une comédie dramatique teintée de fantastique, où l'imaginaire et l'enfance viennent éclairer des émotions très adultes. Eternal Sunshine of the Spotless Mind reste une référence centrale pour moi : un film capable de matérialiser la mémoire, le manque et l'attachement avec humour, poésie et simplicité. J'aime sa manière de rendre visibles des mécanismes intérieurs tout en restant profondément ancré dans une histoire d'amour très humaine.

Je suis également sensible à des films comme Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain ouLittle Miss Sunshine, pour leur mélange de tendresse, d'absurde et de fragilité. Des œuvres qui assument une part d'enfance, de fantaisie et de décalage, sans jamais perdre leur ancrage émotionnel ni leur regard profondément humain sur leurs personnages. Visuellement,Cachou s'inspire d'un imaginaire proche d'Alice au pays des merveilles : une figure sortie d'un rêve d'enfant, composée de fragments de héros, de créatures et de costumes imaginaires. Un personnage à la fois rassurant et envahissant, qui appartient pleinement au monde intérieur d'Adrien.

Cette histoire m'est profondément personnelle. Il y a quelques années, j'ai perdu mon frère. Et ma façon de survivre à ça a été de tout mettre à distance. De me fermer aux gens, aux nouvelles amitiés, à mes proches, car j'avais la certitude que si j'ouvrais ne serait-ce qu'une petite porte, je me prendrais un torrent de tristesse dont je ne reviendrais pas. C'était mon mécanisme de protection. Pendant longtemps, il a fonctionné. Jusqu'au moment où il n'a plus suffi. Où j'ai dû regarder sous le tapis. Et plonger dans cette tristesse immense que j'avais si soigneusement évitée m'a permis d'en ressortir grandie. C'est exactement ce que j'ai voulu raconter dans ce passage sous le lit : pas une confrontation qui brise, mais une descente qui libère.

Cachou est un film sur l'enfant qu'on a été, sur l'adulte qu'on essaie de devenir, et sur ce moment fragile où l'on comprend que regarder en arrière ne nous empêche pas d'avancer. C'est aussi, pour moi, une première prise de parole en tant que réalisatrice autour de thèmes profondément personnels. Un film qui me permet d'explorer, avec distance et tendresse, ce qui nous construit, nous protège, et parfois nous retient.